QUELLE BANDE D’HIPPOCRATE

de | 16 janvier 2015

Contrairement aux habitudes, cet article ne traite pas de la Fonction Publique mais de la grève des médecins très médiatisée ces dernières semaines. A quelques mois des discussions sur le budget de la sécurité sociale nous avons essayé de décrypter leurs revendications pas toujours claires.

 

Depuis début décembre les médecins sont rentrés dans un conflit social avec le gouvernement. Dernièrement, certains d’entre eux ont même fait savoir qu’ils voulaient rependre leur mouvement. Mais quelles sont les revendications de cette grève et surtout est-elle légitime ?

 

  1. La généralisation du tiers-payant

 

Principal point de blocage, le tiers-payant est un système permettant au patient de ne plus rémunérer leur médecin directement. L’assurance maladie ainsi que les complémentaires santé réglant directement la consultation aux médecins.

 

Les arguments des médecins : la lourdeur administrative, le temps entre les consultations et leur remboursement par la caisse d’assurance maladie, ainsi que par les complémentaires santé « plus de 500 différentes », si l’on se fie au site de Union Nationale des Omnipraticiens Français UNOF. Toujours selon la même source, 60 % des généralistes n’ont pas de secrétaire médicale et donc n’ont aucune aide pour le travail administratif. Autre argument, la peur que la « gratuité provoque une sur- consommation de soins alors que bon nombre d’entre eux sont déjà débordés, « comme c’est le cas en Allemagne depuis la mise en œuvre du tiers-payant. Ils ont en moyenne 17 contacts annuels avec le système de soins contre seulement 4 pour la moyenne européenne »

 

Ce système s’applique déjà en France avec les pharmaciens ou les infirmiers libéraux mais aussi à l’étranger auprès des médecins allemands et néerlandais. La généralisation du tiers- payant est l’une des rares mesures de justice sociale mise en place par ce gouvernement. Elle permet à tous d’être soignés de la même manière. Il n’est pas sûr aujourd’hui qu’un bénéficiaire de la CMU (couverture mutuelle universelle) ou d’AME (aide médicale d’état) ait la même qualité de soin.

 

Il permet aux exclus du système de santé pour des raisons financières de pouvoir à nouveau bénéficier de soins (15% des plus de 18 ans renoncent à se soigner). Cela n’engendre donc pas de ruée vers les soins, ni de sur-consultations mais simplement l’accessibilité pour tous au système de santé.

 

Il permet aussi de mettre en lumière la pratique des dépassements d’honoraires. Avec le tiers-payant, les seuls patients à sortir de l’argent seraient ceux dont leur médecin se livre à cette pratique honteuse, que malheureusement la loi de santé ne remet pas en question.

 

  1. La revalorisation de la consultation de 23 à 25 et même à 31€ pour les syndicats UNOF et SML

 

L’argument des médecins : Il y a « un sentiment d’injustice, accentué par le fait que leurs revenus ont quasiment stagné ces trente dernières années ». Pire pour le syndicat UNOF « la rémunération des médecins généralistes français est une des plus basse d’Europe et indigne, au vu des missions qu’ils remplissent et de leurs consultations quotidiennes de plus en plus complexes du fait du vieillissement d’une population présentant de plus en plus de pathologies chroniques »

 

Le salaire moyen d’un médecin est de 6 800€ par mois alors que le salaire moyen en France n’est que de 1 780€. Mais surtout, qui payera le surcoût demandé par les médecins qui, semble-t-il ne sont pas dans des situations de précarité ?

 

La solidarité ? Donc la sécurité sociale alors que celle-ci, dans un même temps, augmente les consultations de 1€ non-remboursé. Certains médicaments ont une franchise de 50 centimes par boite de médicament pour combler le soit-disant « trou de la sécu » creusé avant tout par les exonérations fiscales et autres cadeaux au MEDEF consentis par le gouvernement.

 

Par les complémentaires ? Chose inadmissible, excluent encore davantage du système de santé tous ceux qui ne peuvent pas s’offrir une mutuelle et répercutent le prix de l’augmentation de la consultation sur les cotisations de leurs adhérents.

 

Par le patient ? La pire des solutions serait une remise en cause totale « du système de santé à la française » comme nous le connaissons aujourd’hui, et une dérive vers « l’américanisation » de la protection sociale.

 

  1. Les conditions de travail

 

L’argument des médecins : Aujourd’hui les médecins reçoivent de plus en plus de patients. Certains médecins couvrent des amplitudes d’ouvertures énormes de 8h à 20h, sans compter les gardes ni le travail administratif (notamment le paiement de leurs consultations « gratuites » comme la CMU, AME voire les accidents du travail par l’assurance maladie et les complémentaires). Quant à leurs patients, leur âge et la complexité des pathologies qu’ils présentent sont en augmentations constantes.

 

Certes, la tâche des médecins n’est pas une mince affaire confrontés en permanence à la souffrance, aux difficultés, aux maladies et aux surmenage. Si nous réfléchissons plus loin comment cela se fait-il que dans un pays comme la France, au XXIème siècle, on puisse trouver des déserts médiaux ? Dans certains départements le ratio de médecins par habitant est 2 fois supérieur à certains autres. A Paris il y a 219 généralistes pour 100.000 habitants, il n’est que de 102 pour 100.000 dans l’Eure (chiffre de CNOM 2012). Pire la répartition DemomedCNOM3géographique des médecins est souvent en décalage avec les besoins de soins des populations locales.

 

Comment leurs conditions de travail peuvent-elles être bonnes alors qu’ils la dégradent eux-mêmes en refusant de remettre en cause la liberté d’installation, liberté privant des régions de généralistes. Liberté qui crée des bouchons dans les agendas de certains médecins obligeant le patient à attendre des jours pour obtenir un rendez-vous. Liberté qui crée des déserts médicaux.

 

La pertinence d’une revendication ne se mesure pas en fonction du salaire de ceux qui la portent. Pour exemple, la grève des pilotes d’Air France , eux aussi sont sûrement très bien payés mais leurs revendications paraissent légitimes car ils défendaient leur emploi et leur statut face à la fuite de leur travail dans d’autre pays. C’est pour cela qu’au-delà de l’opposition de classe sociale que l’on peut avoir avec les médecins, tout comme moi petit fonctionnaire de catégorie C et eux exerçant une profession libérale, moi qui perçoit une rémunération qui dépasse tout juste le SMIC et eux qui touchent en moyenne plus de 6 000€, je considère que leur mouvement n’est autre qu’un mouvement corporatiste.

 

Je ne me souviens pas les avoir vu réagir lorsque l’assurance maladie s’est débarrassée d’une partie de son personnel (même si c’est à cause de cela que les délais de paiements sont plus longs). Ils n’ont pas non plus protesté contre les attaques de « la sécu ».

 

Ils sont malheureusement loin des intérêts collectifs de leurs patients, des services publics et du droit à la santé pour tous.

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